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La composition décorative par M. H. Mayeux.

 

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Extrait de l'ouvrage "La composition décorative"
Paris - 1885.

Par M. Henry MAYEUX, Architecte du gouvernement,
Professeur d’art décoratif dans les écoles de la ville de Paris.

 

   
   
   
    Information importante. Le texte qui suit est retranscrit tel qu'il est paru à l'époque.
Résumé de la fiche. Les points importants du texte.
   
   

 

L’art de travailler le verre, dont l’origine remonte à la plus haute antiquité, comporte divers modes de fabrication : le soufflage, le coulage et la taille. Le verre, incolore ou teinté, opaque ou transparent (1), est fondu au creuset, puis, au moyen d’une canne en fer creux, on souffle pour former un vide intérieur et l’on profite de ce que la matière, non encore refroidie, est encore molle et demi coulante pour lui faire prendre, par la pression, la torsion ou l’étirage, la forme définitive ; tel est le principe de la verrerie soufflée.

Si l’on désire des variétés de coloration dans la masse, on choisit des fils de verre de diverses nuances, qui, soudés ensemble par la fusion, produisent au soufflage ces verreries filigranés et rubanées, connues déjà des Romains, mais dont Venise semble avoir eu jusqu’à nos jours le monopole.

Enfin l’on peut rapporter et souder au corps des verreries les accessoires les plus variés, anses, volutes, vrilles, ailerons et oreillettes, gouttelettes en perles, torsades, mascarons fondus, tous motifs susceptibles d’apporter à la forme un intérêt décoratif (2).


En principe, il est difficile de prévoir exactement par le dessin les formes de la verrerie soufflée, les hasards de l’exécution, le tour de main plus ou moins habile de l’artisan aux prises avec une matière qui n’attends pas, entrent pour beaucoup dans l’aspect plus ou moins élégant de l’objet fabriqué. La pièce soufflée ne peut, d’ailleurs, comporter des moulures à profil défini, les formes étant serties et bordées le plus ordinairement par de simples ourlets. C’est de la silhouette et de la légèreté de l’ensemble qu’il faut compter tirer tout l’effet décoratif, si bien compris dans les anciennes verreries de Venise et de Murano.

 

La coloration du verre n’est pas sans importance ; ainsi le verre blanc absolument transparent a été et sera toujours préféré pour le service de table, un convive aimant à être bien renseigné sur ce qu’on lui fait boire ; tandis que pour les verreries d’apparat on peut faire appel à toutes les fantaisies des teintes changeantes, comme aux jeux d’opacité produits par la composition du verre (3).

La verrerie taillée, dite cristallerie, exige une certaine épaisseur pour laisser entamer dans la masse les profondeurs nécessaires à la taille. Cette opération, exécutée par l’usure au moyen de meules en fonte, grès et émeri, rentre dans un genre de travail ou les plans simples et droits sont d’exécution plus facile que les surfaces modelées. Aussi les jeux de facettes, les pans coupés, chanfreins, cannelures, rainures triangulaires, étoiles polygonales et pointes de diamants sont-ils toujours bien appropriés au décor de la matière en œuvre (figure gauche).

 

Le tailleur sur verre devra donc, en plus du moulurage, qui, cette fois, peut être à profil défini, étudier les pénétrations des plans et les assemblages de polyèdres géométriques dont les Persans ont tiré si grand parti, et enfin observer les variétés de cristallisations naturelles des sels et des minéraux (4).

 

Il faut également faire la part de certaines propriétés spéciales du verre, telles que la transparence, la réflexion et la réfraction, qui permettent à un détail taillé dans une face postérieure invisible avec toute autre matière, d’apparaître et de venir décorer les faces en regard : tel on le voit (figure droite), dans une salière polygonale où une étoile, taillée sur la face intérieure, se reflète sur toutes les parties de l’objet (voir un exemple en ouraline).

 

 

Il résulte de cette particularité de la multiplication d’un même motif, que l’on doit ménager le détail et conserver beaucoup de parties unies faisant valoir les reliefs de la taille. Le cristal taillé a été souvent mal compris dans un sens différent, et si les miroirs à cadres de cristal découpé à jour et les vases ultra fleuris des fabriques modernes de l’Italie sont condamnables par leur mesquinerie et leur fragilité, les vases colossaux exécutés dans de célèbres manufactures et pastichant les formes du cratère de marbre, le sont également par leur lourdeur en désaccord avec une matière fragile, claire et transparent.

Quant à la verrerie coulée au moule, imitant la cristallerie taillée, elle ne peut avoir, quelle que soit la valeur du modèle, aucun charme spécial ; le coulage, même bien exécuté, a toujours un aspect glauque, les pans sont mal dressés, les arêtes émoussées et les creux remplis, comme dans toute matière fondue au moule et qui ne peut être retouchée.

La taille devient la gravure sur verre, lorsqu’elle s’applique à des motifs délicats et superficiels, bien qu’on la traite parfois avec une certaine profondeur sur les cristaux épais ; dans ce cas, la gravure exprime une sorte d’intaille dont le modelé en creux se lit avec beaucoup de netteté, surtout quand il est dépoli. Pour la gravure légère, l’effet consiste principalement dans l’opposition calculée des parties mates sur le fond poli et transparent, ou vice versa, à laquelle on adjoint parfois des jeux e hachures analogues à celles de la gravure sur métal, mais exécutées ici à la petite meule (5).

La taille et la gravure ont été également appliquées aux verres doublés composés de couches superposées de différentes couleurs et que l’on enlève partiellement à la meule. Ce procédé, connu des Romains, repris en Italie et en Allemagne, est resté surtout en faveur dans les fabriques de Bohême (6), qui longtemps ont fourni de nombreuses verreries à couches colorées, ornées de scènes, paysages et vues pittoresques, enlevées avec une habileté de main sans égale, mais où l’on constate trop souvent l’absence d’un caractère décoratif.

L’association des émaux colorés à la verrerie, connue et pratiquée déjà par les anciens Perses, est du plus excellent effet, la translucidité des émaux se liant parfaitement à la transparence du verre, surtout quand ils s’enlèvent avec un relief prononcé et qu’ils sont rehaussés de touches d’or et d’argent apportant, par leur éclat métallique, un complément d’harmonie.

 

 

Il est inutile d’insister sur l’obligation qui s’impose ici à l’artiste de rester dans la pure convention, toute recherche d’imitation naturelle étant matériellement impossible. Enfin l’application n’en sera intéressante que si les émaux ne recouvrent pas la totalité de l’objet décoré, mais laissent des intervalles simples et unis. Les vases sassanides, les lampes arabes suspendues aux voûtes des mosquées (voir figure ci-contre), les verreries de Venise, les vidercomes allemands à cimiers, écus et banderoles offrent la plupart des modèles intéressants de l’application des émaux colorés.

 

 

 

 

 

Terminons cette étude par un mot sur la cristallerie d’orfèvrerie, c’est-à-dire sur l’industrie du verre enchâssé dans une monture de métal fondu ou repoussé. L’association de ces deux matières est d’ailleurs des plus raisonnées ; l’une, délicate et fragile, se trouvant garantie par la solidité de l’autre ; le rôle réel ou apparent du métal est donc la protection du verre, soit qu’il l’enserre dans un réseau léger dont les mailles ajourées en laissent percevoir la transparence, soit qu’il se borne à le cercler de bagues, colliers ou ceintures ; parfois encore le métal servira de monture et fournira les accessoires de fatigue, comme des pieds, anses, poignées ou anneaux de suspension. Encore faut-il, pour obtenir un résultat bien décoratif, ne pas se borner à reléguer le métal en un seul endroit de la composition, mais le disperser en différents points, si l’on veut bien faire sentir la concordance des deux matières en œuvre.

L’orfèvrerie en Italie, en Espagne, en France (7), en Allemagne, en Hongrie (8), en Pologne, a fourni dans les XVéme, XVIéme et XVIIéme siècles de curieux et d’excellents exemples de cristalleries enchâssées (voir figure ci-dessus).

 

 


   
     

Approfondir le sujet.Pour en savoir plus :

Le verre de Bohême par M. GODARD (1861)
La cristallerie anglaise par MM. CHANCE frères (1861)
La verrerie belge par M. A. Sauzay (1868)
Définition du verre par M. Maurice LACHATRE (1861)
Définition du verre par MM. LARIVE et FLEURY (1911)
Composition du verre par M. A. COCHIN (1866)

   
     

 

 

   
     

(1) Le cristal fabriqué dit flint-glass, de même que le crown-glass, ne sont que des verres très purs à base de plomb. Le cristal de roche naturel se taille comme les pierres précieuses et rentre dans le travail de la joaillerie. Retour au texte.

(2) On a, sous prétexte de japonisme, beaucoup usé, dans ces derniers temps, de bavures et de coulures dans les verreries ; ce sont là des fantaisies qui semblent plutôt exprimer les accidents d’une fabrication négligée qu’un décor artistique. Retour au texte.

(3) On fabrique des verres à coloration laiteuse absolument opaque, des verres opalins à teintes irisées, d’autres simulant des paillettes d’or dans la masse (aventurine), ou encore d’un noir profond comme l’émail (hyalithe). Retour au texte.

(4) Le tailleur en cristaux d’éclairage pour lustres et pièces de soirée devra observer les colorations du prisme et étudier, comme dans la joaillerie, les angles des plans les plus favorables au scintillement. Retour au texte.

(5) La gravure à l’acide ou au jet de sable a, depuis plusieurs années, fait une grande concurrence à la gravure à la meule ; mais elle ne peut avoir qu’une action superficielle et manque de caractère. Retour au texte.

(6) Ces fabriques se nomment aussi raffineries. Retour au texte.

(7) Le trésor, dit de la Chapelle du Saint-Esprit, exécuté sous Louis XIII et actuellement au Louvre, présente, à ce sujet, une suite de pièces des plus intéressantes. Retour au texte.

(8) L’Autriche est la nation qui semble avoir conservé le mieux la bonne tradition de la cristallerie d’orfèvrerie, et l’on a pu voir à l’Exposition de 1878 certaines pièces d’une réelle valeur décorative pour la composition desquelles on avait fait appel aux premiers architectes du pays. Retour au texte.


   
           
           
           
           
           
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