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Le verre de Bohême par M. Godard.

 

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Savoir

 

     
   

Verre de Bohême. enquête du traité de commerce avec l'Angleterre
(extrait) - Imprimerie impériale - 1861 - p.553.

Par M. GODARD,
administrateur de la fabrique de Baccarat.

   
   
   
    Information importante. Le texte qui suit est retranscrit tel qu'il est paru à l'époque.
Résumé de la fiche. Les points importants du texte.
   
   

La fabrication de la Bohême est une fabrication de verre; mais le verre qu'elle produit à très bas prix est assez blanc et assez limpide pour faire simultanément une concurrence redoutable au verre et au cristal des autres pays.
La majeure partie des verreries de Bohême ont été créées dans le seul but d'utiliser des bois qui n'auraient aucune valeur sans l'introduction de cette industrie. C'est ainsi qu'un certain nombre de verreries et de forges ont été établies en France, il y a cent et cent cinquante ans, au centre de nos contrées forestières.
Mais la richesse croissante de notre patrie a multiplié les besoins et développé ces industries, au point que les bois sont devenus fort recherchés et fort chers. En Bohême, au contraire, l'accroissement de la richesse a été incomparablement plus lent; le peuple est resté pauvre et sans besoins, ou sans moyen d'y satisfaire; les bois sont encore presque sans valeur, et l'ouvrier bohémien, ardent, adroit et intelligent, reçoit des salaires qu'on a de la peine à s'expliquer quand on vit en France, et dont on déplore, dans tous les cas, l'exiguïté.
La consommation du verre étant presque nulle en Bohême, cette contrée exporte presque tous ses produits soit dans les provinces plus riches de l' Autriche, soit dans toute l' Allemagne, en Suisse, en Italie, en Orient, en Russie, en Amérique, etc.
Cette industrie est devenue tout à fait populaire dans le pays, où elle assure à une partie importante de la population une occupation qui ne l'enrichit pas, mais qui contribue à la préserver de la misère, et qui procure en même temps un revenu à ses grands propriétaires par l'emploi de leurs bois.
Ces nombreux établissements, placés généralement au milieu des forêts, d'une construction toute rustique, produisent de la verrerie courante, des pièces destinées à être très-ouvragées ou richement gravées, et des verres de couleur qui sont décorés de dorures et de peintures. Une longue expérience de la fabrication des verres colorés a rendu ces ouvriers d'autant plus habiles dans cette partie, qu'ils sont dirigés au besoin par les conseils de quelques hommes instruits qui se sont fait une profession de la recherche et de la vente des procédés et des perfectionnements de la verrerie, et que quelques riches seigneurs avancent, quand il le faut, les capitaux nécessaires pour assurer le succès des usines établies sur leurs propriétés.
La taille et la lustrerie constituent des industries spéciales montées dans des baraques, sur de petits cours d'eau, avec des roues faites avec la plus grande simplicité.
La gravure, la dorure et la peinture forment également des industries séparées, qui sont toutes exercées avec la même parcimonie dans les prix de main-d'oeuvre.
Enfin tous ces produits sont recueillis par des maisons de commerce, qui les expédient sur les lieux de consommation.
Il est difficile de comparer ces produits aux nôtres dans les articles courants. La matière n'est pas la même. Son verre est pur, blanc, léger, agréable à la main. Il n'a pas le brillant de notre cristal et il est exposé à jaunir avec le temps. La Bohême a conservé ses formes, qui diffèrent complètement des nôtres, et qui sont appréciées par certains consommateurs, peut-être parce qu'elles sont étrangères, à tel point que nous sommes quelquefois obligés de les imiter.
Sa fabrication s'éloigne le plus de celle des autres nations. Pour faciliter et abréger le travail des fours, elle fait rogner par la roue du tailleur les bords de ses gobelets, de ses verres à pied et autres pièces ouvertes que l'Angleterre, la Belgique et la France font rogner par le ciseau du verrier; et sa grande habitude en ce genre de travail a fait acquérir à ses ouvriers une habilité qu'on ne retrouve chez aucun autre peuple dans la production des pièces à calotte, c'est-à-dire des pièces dont la partie supérieure doit être enlevée par le tailleur, au lieu d'être ouverte par le verrier. Ces bords rognés par la taille sont moins arrondis, moins agréables à l'usage, et plus exposés à être ébréchés que ceux qui sont rognés au feu; mais ils ont un aspect plus net et plus satisfaisant à l'œil; la pièce est plus unie, l'ouvrier étant dispensé du soin qu'il est obligé de prendre pour éviter de la rayer en l'ouvrant avec ses pinces. La majorité des consommateurs préfèrent nos bords; on s'habitue cependant facilement à ceux de la Bohême, qui ne sont pas un obstacle à l'écoulement de ses produits. Mais le grand avantage des fabricants de cette contrée, c'est le bas prix de leur verre.
Pour les articles de fantaisie et les verres colorés, il y a, dans les produits de la Bohême, une originalité qui n'est pas toujours d'accord avec le bon goût, mais qui est appréciée et recherchée par les consommateurs, précisément parce qu'elle diffère essentiellement de ce qu'on fait en France. C'est la Bohême qui a donné naissance à cette nature de produits, qui est plus en rapport avec le goût allemand qu'avec le goût français; elle a sur nous le droit d'ancienneté, droit si précieux et si puissant en industrie.
Les produits de ce pays sont moins soignés que les nôtres dans les détails; les objets défectueux sont mis en vente comme les autres; les bouchages des flacons et autres pièces analogues sont faits avec une négligence qui ne serait pas tolérée en France. Avec ces défauts, qui feraient repousser nos articles, et qui sont acceptés comme inhérents à l'article de Bohême, ces produits ont un brillant, un aspect de richesse et un style original qui séduisent d'autant plus qu'ils sont en même temps à des prix relativement très-modérés.
Bien que nous vendions à l'étranger des cristaux colorés, en concurrence avec la Bohême, et que les qualités particulières à notre fabrication y soient estimées, si nos frontières étaient ouvertes aux verreries de ce pays, il en entrerait inévitablement des quantités considérables; peut-être ce goût s'éteindrait-il d'ici à quelques années, et nous rendrait-on la préférence que nous nous efforçons de mériter, mais jusque-là nous en éprouverions un préjudice notable.

 


   
     
   
     

Approfondir le sujet.Pour en savoir plus :

La cristallerie anglaise par MM. CHANCE frères (1861)
La verrerie belge par M. A. Sauzay (1868)
Définition du verre par M. Maurice LACHATRE (1861)
Définition du verre par MM. LARIVE et FLEURY (1911)
Composition du verre par M. A. COCHIN (1866)
La Société d'encouragement pour l'industrie nationale

   
           
           
           
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